A symphony
Slow music of longing
Plays in movements
Inside your head
There are no ghosts
No ghosts that can shake you
Like they used to
Anymore
The Symphony - Snow Patrol

Lors de mon dernier passage à Paris (je vous ai déjà dit à quel point j'aimais Paris ?) (oui, je l'ai déjà dit) (mais je le redis) (j'aime Paris de toutes les forces de chaque fibre de mon être), je suis tombée, presque par hasard (on va dire que je ne m'y attendais pas et que je n'étais pas franchement dans un mood de "découverte musicale super chouette qui remue les intestins") (c'est poétique, je sais) sur un groupe de pop rock nord-irlandais dont je me suis dit qu'il fallait absolument que je vous parle, pour une poignée de bonnes raisons :

1) De nos jours, où allumer la radio revient à infliger à nos tympans la torture d'une poignée de nanas siliconées qui couinent en maillot de bain, une découverte musicale qui tient la route est toujours on ne peut plus salutaire.
2) J'ai promis au chanteur de ce fameux groupe de lui faire de la pub, et comme je n'ai qu'une parole, je m'y tiens.
3) Les irlandais sont mes amis, qu'ils soient du nord ou du sud, roux ou bruns, qu'ils carburent à la bière ou au whiskey (voire à la gnôle de pomme de terre, mais c'est un autre débat).

Ce fameux groupe s'appelle donc Rams' Pocket Radio (oui, moi aussi j'ai mis trois jours à m'en souvenir avant de pouvoir le taper d'un coup sans chercher sur Google), et est composé d'un chanteur-claviériste-batteur-fou-maître-Jedi (le fameux avec lequel j'ai papoté un bon moment) (qui s'appelle Peter McCauley, soit dit en passant), d'une bassiste chanteuse qui a le bon goût d'avoir la même couleur de cheveux que moi (c'est à dire un roux flamboyant qui devrait être indemnisé par EDF), d'un batteur bien tonique et d'un guitariste qui grattouille joliment une Stratocaster.

Après avoir jeté une oreille, puis deux, puis trois (la troisième n'était pas à moi) (ne cherchez pas) à leur musique, et avoir enfin décrété que c'était bon pour ma santé, j'ai donc discuté un peu avec le fameux Peter (un garçon vraiment charmant) (irlandais, je vous dis). Forcément, même si depuis quelque temps je m'étais promis de ne plus faire dériver les conversations vers des sujets qui pourraient me porter préjudice (après avoir raconté que je m'étais fait mordre la cheville par un goujon dans une rivière au vendeur du Comptoir Irlandais), on a fini par se raconter nos vies et à dévier quelque peu de notre échange original (qui pouvait se résumer à un "oh bon sang, les mecs, vous envoyez du pâté").
Immanquablement, il m'a demandé d'où je venais. N'ayant pas de carte de France à lui exhiber fièrement sous le nez pour lui cartographier mon trou à rats, j'ai tenté d'expliquer maladroitement que je venais d'une petite ville perdue en plein milieu de la France. Ce à quoi il a répliqué, avec un sourire amusé, un "ah ah, country girl !".
Me suis jamais sentie aussi bouseuse. Du coup, peut-être par un sursaut de fierté mal placée, j'ai précisé très inutilement que j'étais "school teacher" (il devait s'en foutre comme de sa première pinte), mais l'image de Laura Ingalls s'est tellement immédiatement imprimée dans mon esprit que j'ai regretté illico ce que je venais de dire.
Mais du coup, il a du se sentir en confiance (entre expat', on se comprend, j'imagine), et, sur le ton de la confidence, presque gêné, il m'a demandé si je m'étais promenée dans le parc de la Villette (il aurait sans doute mieux fait d'aller traîner ses Converses du côté de Rivoli, mais bon, je dis ça, je ne dis rien). Il se trouve que oui, j'avais déjà flâné dans ce coin-là. Toujours sur le ton de la confidence (je me suis vaguement dit qu'il avait peut-être des liens avec la mafia), il m'a alors demandé : "Mais euh ... Tu ne trouves pas qu'il y a des gens bizarres qui trainent dans le coin ?".
Ha ha.
Comme je lui ai dit, "mon ptit bouchon (enfin, je l'ai tourné autrement hein) (je ne sais pas dire bouchon en anglais) (apparemment, c'est "cork", j'ai vérifié en rentrant) (ne me remerciez pas) si tu veux vraiment voir des gens bizarres, prends le métro."

Parce que oui, s'il y a une chose que j'adore plus que tout à Paris (et que je hais parfois tout autant, d'ailleurs), c'est le métro.
Si vous avez déjà pris le métro et que vous regardez Bref, vous savez alors que c'est blanc, carrelé, que ça pue, bref, que c'est comme 215 km de chiottes en-dessous de Paris (et qu'effectivement, je confirme, il y en a qui confondent).
Mais outre l'aspect dégueu de la chose, il y a quand même de bonnes raisons de prendre le métro à Paris :
1) Bon, déjà, ça représente quand même une sacrée portion de la capitale, et c'est tout de même LE transport en commun le plus utilisé par les bipèdes là-bas (qu'on y soit autochtones, touristes, SDF, terroristes ou padawan) (ou un peu tout ça à la fois). Ce qui fait que la plupart des gens y passent une importante partie de leur vie (d'où le fameux "métro-boulot-dodo"). Le meilleur, comme le pire. Bref, tu ne peux pas dire que tu as vu Paris si tu n'as pas vu le métro. CQFD.
2) Il y a encore parfois des musiciens à la sauvette, qui peuvent soit te mettre les oreilles au court-bouillon du supplice (cf l'accordéoniste édenté du RER B qui m'a beuglé Mon Amant de Saint Jean en pleine tronche à 7h du matin), soit carrément te donner des frissons et te tirer des larmes d'émotion à te suicider le mascara. Comme cette fille-là, par exemple (oui, j'ai pleuré dans le métro, mais comme j'étais sur le point de repartir, je ne sais pas vraiment si c'était une expression lacrymale de plénitude ou de chagrin) :
3) Et puis, donc, comme je le disais à Peter, dans le métro, il y a des gens bizarres. Mais alors, vraiment bizarres. Pas le type qui va porter un bonnet à pompons avec un costard cravate, non, du vrai, du lourd, du carabiné. Du bizarre de compét'. Comme ce type qui reniflait des pages de magazines et semblait y prendre un plaisir tellement intense que c'en était presque obscène, et tentait de persuader une pauvre femme assise à côté de lui d'en faire autant, à grands coups de borborygmes incompréhensibles. Et le plus bizarre (parce que oui, il y a quelque chose de plus bizarre encore, si si) c'est qu'il n'avait pas d'ongle. Pas d'ongle du tout. Juste de la peau, fripée, comme pleine de cicatrices, à la place.

Enfin bref, toujours est-il que, une chose en entraînant une autre, on a fini par parler de Snow Patrol (parce que figurez-vous que Rams' Pocket Radio a fait la première partie de Snow Patrol dans certains concerts européens) (et puis j'avais un sac Snow Patrol pendu à l'épaule et un téléphone portable qui sonnait en beuglant Called Out In The Dark). Il m'a donc demandé si je les avais déjà vu en concert, et, voyant mon enthousiasme (c'est à dire l'étincelle de groupitude qui avait du s'allumer dans mon œil de mérou frit) en évoquant ces grands moments d'amûûûr musical, m'a demandé si j'étais fan (je hais ce mot) (il est tellement chargé d'hystérie malsaine, de nos jours) (on pourrait limite en faire un synonyme de terroriste). Ce à quoi j'ai répondu qu'évidemment, si je ne les aimais pas, je n'aurais jamais fait le voyage exprès pour les voir depuis le trou du cul du monde.
Cette constatation a semblé le plonger dans des abysses d'hilarité.

(Quand je pense qu'au départ je voulais simplement vous dire d'écouter sa musique) (mais mon cerveau est un peu à ma prose ce que le métro est à Paris) (enfin, cela dit, écoutez quand même sa musique)

(sinon, puisqu'on est dans le racontage de vie, il y a une autre chose que j'aime à Paris : les touristes japonais) Lors de mon dernier passage (le lendemain de la fameuse conversation avec Peter, d'ailleurs) je suis allée prendre mon petit déjeuner au carrousel du Louvre. J'adore faire ça quand je suis seule à Paris : j'y vais un peu avant l'ouverture des magasins, je prends un cookie et un latte caramel au Starbucks, et je vais me poser un peu sur un banc en regardant les gens s'affairer partout comme des fourmis : les commerçants qui ouvrent leurs boutiques, les touristes qui commencent à affluer, et, last but not least, les japonais.
Qui portent des masques sur le nez alors qu'ils viennent d'un pays qui est sans aucun doute l'un des géants du nucléaire et de la pollution toute catégorie. J'adore.
Et ils se déplacent. En banc, comme des petits poissons. Et ils vont super vite. Ils te vident une devanture Chanel en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Superqualifragilistiquexpialidocious. Et ils font des photos. De tout. Tout le temps. J'adore.

Bref, pour en revenir à nos moutons irlandais, voici une petite liste de liens si vous voulez jeter une oreille (ou deux, ou trois si vous avez des amis ou un caryotype bizarrement constitué) à Rams' Pocket Radio :

Leur Facebook (pour leur dire que vous les aimez en levant le pouce tel un empereur romain).
Leur Myspace (pour se tenir au jus de leur actu) (parce que ça rime) (et que j'ai le cerveau spongieux).
Leur blog (pour en rajouter une couche) (ou une louche) (ou une mouche) (une babouche ?).
Leur page SoundCloud (pour y jeter trois oreilles) (mais pensez à les récupérer, après) (vos oreilles, je veux dire).

Ah, et puis j'ai trouvé une photo qui a été prise le fameux jour de la fameuse conversation avec le fameux irlandais et ses fameux copains. Elle n'est pas de moi, mais si son propriétaire passe par ici, je me ferai un plaisir de faire un lien vers son blog, s'il en a un (disons que c'est pour vous donner une idée de l'ambiance échevelée (au sens propre et au figuré) de ce petit meeting improvisé) :
Peter est tout à gauche, Shauna la bassiste est au centre (et vous avez donc un aperçu de ma nouvelle couleur de cheveux) et à droite, il me semble qu'il s'agit du guitariste. Ou du batteur. Bref, l'un des larrons du groupe. Mais je ne l'ai pas rencontré personnellement.

Bon, je vais me coucher, le tchouk ball m'a tuée.
C'est sans doute le sport le plus débile que j'ai jamais pratiqué (et pourtant j'ai failli finir championne du monde de lancer de crêpe trop cuite) (mais il semble que mon plafond manque quelque peu d'adhérence).
 





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